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De l'art du rasage en philosophie

La pratique de la philosophie est un apprentissage de la simplicité. Les idées sont claires quand elles sont formulées d’une façon simple : on dit l’essentiel sans s'éparpiller en ajoutant des éléments inutiles.
Sans titre par Reginald Marsh, 1935

Au XIIIème siècle, le philosophe anglais Guillaume d’Ockham a formulé ce qui allait devenir un principe méthodologique en philosophie et en science, connu sous le nom du “rasoir d’Ockham”:


“ Il ne faut jamais poser une pluralité sans y être contraint par la nécessité”.

La formulation d’une idée doit s’en tenir au strict nécessaire et revêtir la forme la plus simple possible.


Étonnamment, être simple est souvent compliqué. Surtout quand on a été formé à la philosophie académique, et qu’on a une extrême exigence de clarté et de précision, ce qui semble paradoxal. C’est que cette exigence de clarté et de précision lorsqu’elle devient excessive peut aveugler l’esprit. On aura tendance à chipoter sur des détails, à accorder de l’importance à des éléments secondaires, à questionner ce qui n’a pas besoin de l’être et finalement à perdre de vue l’essentiel. Rasons nos idées de près !


Je constatais récemment ce phénomène lors d’un dialogue avec un professeur de philosophie. Nous examinions l’argument suivant : “Une personne peut aimer un poème qu’elle ne comprend pas parce qu'elle est sensible à sa beauté.”


Le professeur considère que cet argument ne fonctionne pas car il manque de précision :


- Il faudrait dire “ Une personne peut aimer un poème qu’elle ne comprend pas parce qu'elle est sensible à sa conception de la beauté”. - Pourquoi veux-tu remplacer “sa beauté” par “sa conception de la beauté” ? - Parce que la sensibilité de la personne à la beauté du poème dépend de sa propre conception de la beauté. - Mais si je dis qu’une personne est sensible à la beauté d’un poème, n’est-il pas implicite que sa sensibilité dépend de sa conception de la beauté ? Comme il continue d’insister sur la différence entre les deux formulations et semble perdre de vue l’argument, je lui demande : - Que l’on dise “ sa beauté” ou “ sa conception de la beauté” cela change-t-il quelque chose d’essentiel dans l’argument ou non ? - Non, c'est vrai que ça ne change rien d'essentiel.

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